samedi 20 mai
Nation : Art sur toute la ligne
Tout d'abord, ce qui n'est pas si courant, une toile - sommairement emballée - occupait le fond du wagon. Une
oeuvre restée mystérieuse puisque son propriétaire l'avait dressée face
contre la porte ; seul le côté châssis était visible, sans inscription,
date ou étiquette.
L'unique mention imprimée - "Linen 100 x 100" - laissait présumer qu'il s'agissait d'une toile de lin d'1m sur 1m, probablement contemporaine (d'après son aspect ).
S'agissait-il d'un achat effectué chez
un artiste de Montreuil,
ou alors d'une oeuvre destinée à être vendue à Drouot, livrée à une
galerie, ... ? Que représentait-elle ? un paysage, un nu, une scène de
chasse à
l'ours ? Ou alors, toile abstraite ? ou encore toile neuve, encore
vierge, futur chef-d'oeuvre ? Impossible à dire ... Peut-être la
reverrai-je en galerie.
Mais
s'il vous plaît, vous qui transportez des tableaux dans le métro, que
vous soyez artistes, marchands, amateurs, cambrioleurs même, s'il vous
plaît ... tournez vos tableaux du BON côté ! Laissez-nous admirer vos
oeuvres !
Autres
stations, autres "sollicitations" artistiques : à Nation, s'étale la
propagande pour "La Force de l'Art" ; impossible d'échapper à ce remake
du
DUBO, DUBON, DUBONNET qui rythmait les voyages souterrains de ma
jeunesse. Mais là, c'est "Du Beau, de l'ART, du BONHEUR" que l'on nous
assène tout au long du trajet en alternance, avec cet autre
slogan : "Métro, Boulot, Expo".
Impossible d'y échapper, il y en a pratiquement à chaque station.
Curieux
messages pour nous amener à l'art contemporain ... ils nous renvoient
tout
droit à notre passé (années 30 pour Dubo/Dubon, années 60 pour
Métro,boulot ) ; l'exposition se tient au Grand Palais (même
fraîchement restauré, on en garde quand même l'image des premiers
Salons de l'auto, du Salon d'Automne, ... ). Et ces lettres qui
dégoulinent ! Grand guignol ? Attrait du sensationnel ? Référence aux
Faits Divers ? Le message reste trouble...
Ce n'est pas que je veuille critiquer
l'exposition - je ne l'ai pas (encore ) vue ; l'intention est -
probablement - bonne ; non, ce qui me gêne,
c'est l'idée qui est inconsciemment véhiculée - l'art contemporain,
n'existerait que par l'événement extraordinaire, le spectaculaire,
l'anecdote. Il ne serait accessible au public que dans des lieux
grandioses (cf Palazzo Grassi, Grand Palais ) où des experts nous montreraient le
meilleur de ce qu'il faut connaître.
Dommage ! L'art devrait faire partie de notre quotidien !
L'art contemporain encore plus ! Les artistes qui sont exposés au Grand
Palais sont pratiquement tous visibles en galerie - gratuitement !
Alors, un seul message : visitez les galeries, entrez dans les ateliers
d'artistes, discutez avec eux, faites-vous votre propre opinion. Ça me
désole de voir que la plupart des galeries restent vides ou à peu près,
en dehors des vernissages. Pourquoi ? Manque d'intérêt ? Timidité?
On
peut dire que tous les artistes de la scène contemporaine ont été
montrés en galerie - et pas seulement à Paris ! Entrer dans une
galerie, ça devrait être un geste naturel ... vous ne risquez rien ! On
ne vous posera pas de question embarrassante ou indiscrète (dans
certains cas, on ne vous dira d'ailleurs même pas bonjour ). Vous
pourrez vous faire votre propre opinion ou demander des explications,
personne n'attend de vous que vous repartiez directement avec une
oeuvre sous le bras.
Et
puis, si une oeuvre vous plaît et qu'elle n'est pas trop chère, partez
avec ! Savez-vous que l'on peut acheter une aquarelle, un dessin, une
photo originale pour le prix de quelques pleins d'essence ! Pensez au
plaisir que vous aurez à vivre avec et ne spéculez pas
sur sa valeur future - ou alors, préférez la Bourse !
Mais là, c'est une autre histoire ; pour Bourse, c'est la ligne 3 - changez à République.
Un autre avis sur les affiches de "la Force de l'Art" (mais proche du mien ) chez Eclectihk-log
lundi 13 février
Fuchsia : Nation
Dimanche de m**de !
Mais non, rassurez-vous, ce n'est pas de moi qu'il s'agit ... au contraire, j'ai passé un excellent dimanche - tonique, sportif, plein de nouvelles idées, de projets. Vous voyez, Olivier, pas de souci. (Par gourmandise, je ne pensais pas non plus à Fauchon, Pretty Lapin ).
Dimanche de m**de ! (alors, pour qui ? )
Nation.
La rame s'arrête lentement et déjà, sur le quai, les voyageurs tentent
de repérer la meilleure place ; au coup d'oeil qu'Il lance dans ma
direction, je comprends qu'Il a choisi le siège en face de moi.
C'est
Celui dont nous avons toutes déjà rêvé au moins une fois : élégant,
l'air un rien nonchalant mais en même temps déterminé, un peu fragile
aussi, à l'aise, beau, quoi ... En plus, on sent bien que son CPU est
ultra-rapide - il a l'oeil vif comme un poisson frais du jour - ce qui
ne gâte rien.
Effectivement, comme je l'avais pressenti, il vient
s'assoir en face de moi. Je saisis aussitôt ce qui m'attirait en lui :
il ressemble à Hugh Grant ! Sans dire un mot, juste avec trois
mimiques, j'ai l'impression qu'il amorce une conversation : sourcils
levés en accent circonflexe, front légérement plissé, lèvres esquissant
un sourire penaud pour signifier : "excusez-moi, cette place est-elle
libre ? j'espère que je ne vous dérange pas ? vous savez, je suis
désolé de vous envahir ... ".
Je profite de ce monologue muet pour l'observer un peu mieux, tout en faisant semblant de ne pas l'avoir remarqué - je garde un masque impénétrable.
Curieusement, ce qui me frappe au premier abord, c'est la qualité de ses vêtements - du classique, rien que du classique, pas un faux pli, des tissus qui semblent avoir une vie propre, à la fois armure, parure et refuge ; la veste ne tombe pas mollement, non, elle semble sculptée, elle est modelée pour garder un léger galbe sur la poitrine, sans faire les petits plis caractéristiques d'une étoffe trop légère.
La chemise ? Un ton lilas clair, touche de couleur printanière ; poignets "mousquetaire", boutons de manchettes un rien années soixante ; montre vintage, style Reverso ; aux doigts , ...
Soudain je crois bien qu'il s'aperçoit que je fixe ses mains ... ongles coupés très court (sans doute faute de pouvoir les nettoyer parfaitement ), et cependant gris dessous, noirs dessus, ébréchés, fendus ; les phalanges rouges et éraflées, un dépot noir/marron dans chaque pli ; des mains, rouges à force d'avoir été frottées sans résultat ... des mains que l'on ne pourrait imaginer que dans les poches d'un bleu de travail.
C'est alors que mon visage a dû révéler ma surprise ; il a eu un
petit geste d'impuissance (mains écartées, paumes légèrement tournées
vers le haut ) , accompagné d'un sourire contrit et d'un
mouvement de sourcils vers le haut : "vous savez, j'ai vraiment eu un
dimanche exténuant, l'Austin m'a lâché en pleine campagne ..."
C'est du moins ce que j'ai cru comprendre (je ne suis pas très forte en mécanique ) et j'ai pensé : "en voilà un qui a eu un dimanche de m**de !".
Mardi, ciel gris, pluie, si j'en crois la météo : imper et chapeau (béret) afghan beige.
Alors, à demain ?




